L'engouement récent pour les combats dits « ultimes » Le Sambo n'est pas une invention récente. Le système de l'autodéfense et du combat sportif a été fondé sur la base de diverses formes de lutte, notamment les luttes nationales des républiques de l'ex-URSS, mais aussi les systèmes d'autodéfense étrangers. L'arsenal des techniques du Sambo est composé de la plupart des formes de luttes citées dans les chroniques monacales du X-XIe siècle, les Bylines (chants épiques russes) Les arts martiaux traditionnels possèdent habituellement un seul fondateur historique ; le sambo, sport de synthèse, revendique au moins trois experts russes fondateurs.
Il apparaît d'emblée comme le résultat d'un travail collectif et cumulatif. Il faut souligner qu'aucun de ces trois hommes n'est jamais qualifié de « maître » au sens oriental du terme et que les informations découvertes à leur sujet sont rares et parfois contradictoires ; il n'existe pas de biographies complètes à proprement parler mais plutôt de courts résumés de qualités diverses figurant souvent dans les premières pages des manuels d'entraînement, parfois résumés dans la presse et largement déformés sur Internet.
Le premier de ces « experts » à être reconnu historiquement est SPIRIDONOV. Il est considéré comme le plus ancien promoteur soviétique du Sambo. SPIRIDONOV est un officier russe du début du siècle qui a participé à deux conflits. Il est blessé pendant la Première Guerre mondiale et se trouve en réserve au moment de la Révolution d'Octobre. Favorable à la Révolution, il reprend du service. En 1919, il travaille à la direction principale des blindés de l'Armée rouge, puis devient instructeur d'autodéfense à Moscou.
On peut dire de SPIRIDONOV qu'il a influencé la forme martiale du Sambo, d'abord réservée aux troupes spéciales tsaristes. C'est le Système SAM, (Samozashita) dont l'efficacité est le critère principal. SPIRIDONOV sillonne l'Europe et sélectionne les meilleures techniques de boxe anglaise, de boxe française, du combat corps à corps de l'armée et du ju jitsu. Il supprime les attaques sur les points vitaux de ce dernier système, car l'habillement épais des Russes les rend inopérantes. Dès les années 20, il commence son enseignement auprès du cours des instructeurs de sport et de préparation militaire de Moscou. Toutes les années précédant la Seconde Guerre Mondiale, il administre le Sambo au Dynamo Club, qui est géré par l'Armée Rouge.
Dans l'enseignement pratique, SPIRIDONOV a introduit les techniques d'actions, formes d'enchaînements libres privilégiant les combinaisons techniques, élaborées à partir des diverses formes d'autodéfense et de combats singuliers sportifs. Il disparaîtra peu avant la Seconde Guerre mondiale.
OSCHEPKOV reprend le travail de SPIRIDONOV dans une version sportive. Né à Sakhaline en 1895 et orphelin, il est placé à la mission catholique orthodoxe St Nicolas au Japon. En 1913, c'est le premier russe à obtenir la ceinture noire des mains de Jigoro KANO. Il disparaît pendant 10 ans. A son retour en URSS, il veut européaniser le judo. Avec un
groupe de spécialistes de luttes d'URSS, il complète la "Lutte libre" qui préfigure le sambo sportif actuel. OSCHEPKOV diffuse largement le nouveau style, qui se popularise dans les instituts sportifs des grandes villes telles que Moscou et Leningrad. Plus tard, OSCHEPKOV, reprend les traditions vestimentaires et techniques des styles traditionnels, et dote ses lutteurs d'une solide veste, très près du corps, dans laquelle passe une ceinture qui la maintient fermement C'est lui qui a abandonné le kimono traditionnel au profit de vestes spéciales de Sambo (Kurka) et de shorts sportifs (Trusi), et qui a introduit l'usage des chaussures de Sambo en cuir à semelle souple.
Favorisé par un contexte
où la culture physique et le sport furent mis au service de l'entraînement
militaire général et la préparation au combat contre les ennemis de la jeune République soviétique, le sambo connaît un essor rapide tout en restant confidentiel aux yeux de l'Occident. En 1918, sur ordre de Lénine, est créé le VSEVOBUCH (Instruction Militaire Générale) En 1923, la société sportive Dynamo, qui est contrôlée par l'armée Rouge, autorise la création d'une section d'enseignement des luttes nationales et des techniques d'autodéfense. OSCHEPKOV et SPIRIDONOV y travaillent et érigent leurs techniques en système à la fin de1929.
En 1938 a lieu la première rencontre des professeurs et enseignants de Sambo de toute l'Union Soviétique.
La Deuxième Guerre achevée, de nombreux samboïstes sont envoyés dans les autres pays de l'Est pour diffuser le sambo. C'est en Bulgarie que se constituera la plus brillante école. La tension internationale s'accentuant par le fait du rideau de fer et de la guerre froide, les informations sur le sambo des années 50 sont très rares. A partir de 1947 en URSS, les compétitions de sambo ont régulièrement lieu en individuel, et par équipes en 1949. Les autorités soviétiques
sont alors partagées entre le désir de développer le sambo sur le plan mondial et l'impératif de discrétion absolue concernant le sambo d'autodéfense. Ce paradoxe explique les hésitations et la diffusion très faible du sambo dans le monde occidental.
Peu après les années 50 commence une période d’influence du sambo. Comme le relate NISHIOKA, le judo a augmenté le nombre de ses catégories de poids de 4 à 8, ajouté une cotation pour le combat actif, et développé le combat au sol, dès lors que celui-ci est mené énergiquement. Les samboïstes ont emprunté quelques aspects des méthodes d'entraînement des judokas, comme la répétition technique et les randori souples.
Le sambo moderne est issu, entre autres, de la lutte Tatare Kourieg, du Kouriech de Touva, du Khopsagaï Yakoute, de l'Akatouï Tchouvaque, du Tchidaouba Géorgien, de la Lutte russe à mi-corps, du Goretch Turkmène, et d'une quinzaine d'autres styles.
KHARLAMPIEV est le troisième promoteur important du Sambo. Il est né dans la famille d'un pionnier de la boxe russe. Dès 16 ans, déjà instructeur de culture physique, il commence à étudier les diverse formes de luttes nationales et internationales. De nombreuses années d'assimilation des techniques d'autodéfense, une pratique personnelle de ces diverses techniques dans des heurts occasionnels le persuadent de la nécessité d'influer sur un système de combat moderne. Après la Seconde Guerre Mondiale, à laquelle il a participé, il travaille pendant de longues années au Dynamo Club de Moscou, où il organise un large réseau d'enseignement des techniques d'autodéfense pour les troupes des Affaires Intérieures et il met au point la progression technique de sections sportives importantes. Il enrichit les
recherches de SPIRIDONOV et d'OSCHEPKOV et réalise la synthèse
de leurs travaux. Comme pour les deux autres experts samboïstes, nous
avons peu d'éléments sur la fin de sa vie, survenue après
1953.
En 1935, le travail de systématisation des techniques de combat et d'autodéfense est achevé. La première compétition
de Sambo sportif se déroule pour la première fois à Moscou.
Le 16 novembre de la même année, le Comité du Sport et de la Culture physique officialise par un rapport l'existence du Sambo, synthèse des diverses formes populaires telles que la lutte géorgienne, tadjike, kazakhe et kirghize.
A cette époque, le Sambo se diffuse dans les grandes villes comme Moscou, Leningrad, Kharkov, Bakou et Saratov.
Un an plus tard se tient le premier championnat national réunissant 56 athlètes à Leningrad. Parmi les huit vainqueurs retenus se trouve TCHOUMAKOV, figure marquante du sambo à cette époque.
La Seconde Guerre Mondiale éclate. Des détachements spéciaux de sportifs sont crées en URSS. Les samboïstes présents dans les rangs de l'armée Rouge assurent la préparation des éclaireurs et de l'infanterie. De nombreux récits circonstanciés d'actes de bravoure accomplis par les samboïstes lors de l'occupation allemandefigurent dans les manuels
L'Institut Lesgaft envoie 316 "étudiants" entraînés au combat sans armes (système SAM) dans les lignes allemandes pour effectuer des missions de sabotage. Le succès est tel que l'nstitut est décoré en 1944 de l'Ordre du drapeau Rouge.
Devant l'importance prise par la guerre de guérilla en attendant que l'armée Rouge, d'abord en déroute, se reconstitue, on forme au système SAM dans l'urgence 31 000 instructeurs au combat corps-à-corps dans les bases arrières du Kazakhztan entre 1941 et 1942.
Dès le début des années 60, les Japonais sont parmi les premiers à créer une Fédération de sambo dans leur pays, qui organise des championnats nationaux et participe aux rencontres internationales. Le Sambo est alors un style placé sous l'égide de la F.I.L.A., qui le reconnaîtra officiellement comme le troisième style international lors de son congrès régulier de juin 1966 à Toledo (USA).
ASLAMATZIDIS Théodore
Doctorant - Université de Paris-Sorbonne
Membre du Comité Directeur de la Fédération Française Amateur de Sambo
(1) Nous nous référons ici aux tristement célèbres Ultimate Fighting Championships (UFC) d'outre-Atlantique.
(2) ONIP P., Samozachita Bez Orougia, Fédération Soviétique de Sambo, Kirobograd, 1990, pp.2-3
(3) RIORDAN, J., Sport in the soviet society, Cambridge University Press, 1977
(4) TABERNA, P., CARBASSE, G., La Lutte Sambo, Vigot, Paris, 1982
(5) NISHIOKA, H., « Can America Sambo its way to the 1980 Olympics », Black Belt, 15(7), juillet 1977, pp.23-27
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