
Vladimir Vladimirovich Poutine est né le 7 octobre 1952 à
Léningrad (aujourd'hui St-Pétersbourg), dans une famille de
travailleurs. Personnalité ambitieuse, le jeune Poutine apprit très
jeune à se défendre. Il cultivera d'ailleurs la pratique des
arts martiaux avant même de faire son entrée dans les services
spéciaux. Il fut un brillant élève du département
de droit de l'université d'Etat de Leningrad (LGU).
Là, il fut remarqué par Anatoli Sobtchak, un éminent professeur de droit qui aura à partir de cette rencontre une grande influence sur son parcours. En 1975, Vladimir Poutine obtint son diplôme de droit et entra au KGB du même coup. Il se rendit immédiatement en formation à Moscou. Pour le KGB, l'élève Poutine est un "potentiel" promis aux plus hautes fonctions au sein de l'appareil de sécurité soviétique. Il fut affecté au Département 12 de la première Direction, chargée du renseignement extérieur. La première Direction (PGU) pouvait être considérée comme la "crème" du KGB. Il fallait être un des plus brillants éléments du KGB pour être affecté au renseignement extérieur. Quand au département 12, il traitait de la stratégie. Ce dernier détail permet de savoir qu'au delà de ses compétences en droit, Vladimir Poutine est doté d'un esprit de synthèse situé très au dessus de la moyenne. En outre, les questions qui sont débattues dans un tel département sont les plus secrètes que l'on puisse trouver dans un service de renseignement. Traiter de la stratégie au sein d'un service de renseignement implique d'être mis au fait des informations les plus secrètes que l'on puisse voler à l'adversaire. Enfin, c'est précisément à partir de ces informations que sont planifiés les objectifs futurs.
Le contexte historique du KGB à cette époque vaut d'être mentionné : Youri Andropov, qui finira sa vie comme dirigeant de la Russie, avait été nommé président du KGB en mai 1967. Cet homme réforma profondément les services spéciaux soviétiques. Dés sa nomination il imprima au KGB une forte orientation vers le renseignement technologique et scientifique qui marquera l'entrée de ce service dans une nouvelle ère moderne. Cette orientation sera stigmatisée par la création de la Direction "T" (renseignement technologique) qui entra en service l'année même de la nomination d'Andropov.
Enfin, dix plus tard, le 5 juillet 1978, Youri Andropov a établi le KGB comme "Comité d'Etat de l'URSS", ce qui conférait à cet organe un statut pratiquement identique à celui d'un ministère placé sous le contrôle directe du Premier secrétaire du Parti et de l'organe le plus puissant de l'URSS, le Conseil de la Défense.
Vladimir Poutine est donc entré au KGB lors de cette évolution. Tous ceux qui sont entrés au KGB pour satisfaire aux nouvelles orientations du renseignement au sein de la PGU (Première Direction Principale), forment une génération appelée familièrement &laqno;les enfants d'Andropov» par la communauté des espions russes, ce qui est lourd de sens. Cette génération accordera une importance toute particulière à l'informatique, aux télécommunications et au renseignement économique. L'URSS connaissait alors un retard très important dans ces domaines par rapport aux Etats-Unis.
En 1985, Vladimir Poutine fut envoyé à Leipzig, en Allemagne de l'Est. On lui donna en cette occasion une couverture de directeur de la Maison de l'amitié germano-soviétique. Il était en réalité officier de liaison dans l'organisation territoriale du Ministerium für Staattssicherheit (MfS), dans le cadre de la représentation du KGB auprès du MfS. Nous n'avons pu obtenir d'informations précises concernant le rôle exacte de Vladimir Poutine durant cette affectation, car il nous semble peu probable, compte tenu de son "gabarit", que celui-ci ai pu se limiter à celui d'officier de liaison avec la "Stasi". Certains journaux allemands ont avancé que Poutine aurait effectué des missions à l'étranger sous identité fictive à partir de l'Allemagne. Si l'on tient compte de son précédent passage au Département 12, impliquant la connaissance d'informations plus que sensibles, et de la valeur que le KGB accorda au personnage, cela nous parait peu probable. En règle général, les officiers des services de renseignement effectuent leurs missions à l'étranger en début de carrière pour être plus tard affecté à un poste en interne qui leur permette de faire profiter le service de leur connaissance acquise sur le terrain. Nous pensons qu'il est plus probables que Vladimir Poutine se soit rendu en Allemagne pour des raisons plus pédagogiques telles que l'apprentissage de l'allemand, l'apprentissage du mode de vie occidental, l'apprentissage de données sur l'économie, le droit et la politique occidentaux... Dans ce cas, il est possible qu'il ait pu effectuer, comme suite logique de brillants résultats au Département 12, des déplacements d'étude à l'étranger dans des conditions de sécurité optimum, et accompagné. Tout cela n'aurait pas empêché qu'il ait pu superviser, en Allemagne de l'est, des opérations relevant du contre-espionnage et de la lutte contre la criminalité organisée.
Avec la réunification de l'Allemagne, vers le début de
l'année 1990, Poutine revint à Leningrad pour y devenir adjoint
aux affaires internationales du recteur de l'Université de Leningrad.
Il avait alors le statut de Lieutenant Colonel "de réserve"
du KGB. La mention "de réserve" devait permettre à
Poutine de mieux s'immiscer dans l'économie de la péréstroïka
pour en contrôler le développement, de l'intérieur.
C'est une mission qui réclamait un grande confiance et une haute
estime de la part du KGB. Mais Poutine s'était déjà
fait dans son véritable métier une réputation d'agent
incorruptible.
Peu après on arrivée Anatoli Sobtchak l'invite à devenir conseiller aux affaires internationales du Soviet de la ville. Il conservera ce poste de juin 1991 à juillet 1996. Son esprit très pragmatique et l'enseignement qu'il a reçu du KGB lui ont permit de devenir l'une des personnalités les plus influentes de la politique municipale : une sorte de "Richelieu". Lors de cette période, Poutine remplaçait le Maire Sobtchak à chacune de ses nombreuses absences. En août 1991, il joua un rôle important dans les négociations entre le KGB de Leningrad et les putschistes qui prirent Gorbatchev en otage (voir l'introduction de l'article sur la NSA, dans le numéro 1 de CONFIDENTIEL-DEFENSE). Dans le cadre de l'ouverture des changes monétaires internationaux induits par la perestroïka, Poutine signa un contrat entre la ville de Saint Petersbourg et le cabinet de consultant KPMG, pour favoriser la venue des banques allemandes dans la ville, dont la BNP-Dresdner. Il assura également à cette même époque une surveillance des relations des ministères russes avec les groupes d'intérêt et les médias.
Trois années plus tard, en 1994, Poutine fut nommé premier vice-président du conseil municipal de St-Pétersbourg. A l'automne 1995, Anatoli Sobtchak le nomma président de la section locale du parti politique du premier ministre Tchernomyrdine, &laqno;Notre Maison la Russie» (NDR). On lui confia la direction de la campagne électorale pour les législatives dans la région de Saint Petersbourg.
En 1996, Anatoli Sobtchak perdit les élection et fut remplacé par Iakovlev. Poutine marquera sa fidélité à l'égard de Sobtchak en refusant de travailler sous les ordres de Iakovlev.
Vladimir Poutine s'en est alors retourné à Moscou ou il fut nommé adjoint au directeur des affaires de la Présidence, poste occupé alors par Pavel Borodine.
Moins d'un an plus tard, en mars 1997, il entra dans l'administration présidentielle et en devint vice-président. Poutine fut investi de pouvoirs étendus qui comprennent la gestion des relations avec les régions.
En juillet 1998, il fut appelé à la direction du nouveau FSB (un des services qui ont succedé au KGB. Lire l'article Sevices/Unités de ce numéro) ; poste qu'il n'occupera en fait qu'un seul mois, jusqu'à la nomination de Primakov comme Premier ministre. Cette période fut marquée par des luttes politiques intenses qui eurent pour effet d'affaiblir Eltsine, physiquement et politiquement. Pour autant, Poutine sembla rester fidèle à Eltsine.
Vladimir Poutine aurait même été d'un grand secours
à Boris Eltsine en janvier 1999, lorsque la famille de ce dernier
a été dangereusement menacée par des enquêtes
menées sur des oligarques tels que Berezovski. Poutine aurait, en
cette circonstance, été à l'origine de la démission
du procureur général Skouratov. Toujours en janvier 1999,
alors que Primakov tenta d'empêcher Eltsine de changer brutalement
de gouvernement, Poutine joua un rôle crucial en soutenant le Président.
Il aurait notamment organisé la démission du procureur général
Skouratov, dont les enquêtes sur la corruption du Kremlin et des oligarques
comme Berezovski commençaient à menacer sérieusement
la famille Eltsine. En avril 1999, au plus fort de la lutte autour de Skouratov,
Poutine fut nommé secrétaire du Conseil national de sécurité.
Après le départ de Primakov et son remplacement par Stépachine
en mai 1999, Poutine sera le défenseur d'Eltsine, tout en s'efforçant
de minimiser son influence au regard de l'opinion publique. Stépachine
ayant été totalement discrédité par son inaction
en août 1999, face à l'offensive des &laqno;islamistes»
au Daghestan, Poutine fut nommé Premier ministre. Les attentats à
la bombe dans les immeubles moscovites, ainsi que la prise de position tranchée
de Poutine à l'égard de la Tchétchénie, sont
certainement à l'origine de sa fulgurante popularité. Tous
ces événements ont complètement modifié le contexte
des élections législatives, ainsi que la perspective de l'élection
présidentielle pour laquelle Primakov était, récemment
encore, considéré comme l'un des favoris. Le parcours de Poutine
peut sembler étrange et atypique puisque, en apparence, l'homme semble
avoir été soustrait à son environnement, le renseignement,
pour servir les besoins de la politique. La suite de cet article est l'expression
de notre meilleure hypothèse.
Le rôle est l'influence du KGB dans l'appareil soviétique
prit une importance considérable sous le mandat de Youri Andropov
(voire article "Personnage", V. Poutine). On sait l'existence
d'un mouvement réformiste au sein du KGB à partir du début
des années 80, ce qui correspond avec la nomination de son nouveau
Président. Il semble qu'il y-ai eu à la direction du KGB une
prise de conscience de certaines erreurs de la machine soviétique,
sans qu'il y ait eu pour autant de dérives par rapport à la
doctrine marxiste. On est aujourd'hui à peu près certain que
la perestroïka est partie de l'intérieur même du KGB,
et que c'est cet organe de sécurité qui en aurait planifié
la mise en place progressive. Ce qui revient à dire que l'éclatement
de l'empire soviétique serait l'oeuvre du KGB lui même... En
août 1990, le lieutenant-colonel du KGB V. Morosov annonçait
dans la Pravda l'existence d'un groupe de réformateurs actifs au
sein du KGB. Plus tard, Youri Andropov devint secrétaire général
du PCUS et fit de Mikhaïl Gorbatchev son protégé. Pendant
ce temps là, le jeune Vladimir Poutine tissait dans l'ombre la toile
des futures relations économiques avec l'occident. Dans cette histoire
- qui aurait donc commencé vers 1980 - on peut se demander quelle
fut l'influence réelle de Boris Eltsine. A la rédaction de
CONFIDENTIEL-DEFENSE, nous pensons que le KGB s'est posé en sauveteur
intègre de la Russie et a pris les rênes du pouvoir à
un moment critique. Qu'il a vu venir, de loin, l'inévitable l'implosion
de l'URSS. Ne pouvant rien faire pour l'éviter, il fallait donc gérer
la faillite. D'une certaine manière, on peut dire que l'URSS a "déposé
le bilan" pour éviter la "banqueroute". Peut on parler
de "coup d'état silencieux" ? Nous préférons
employer le terme de "despotisme éclairé". En responsables
lucides et intègres, les dirigeants du KGB auraient pu favoriser
la mise en place d'un personnage populaire pour clarifier la transition
de l'URSS vers la CEI, et ainsi ne pas effrayer les investisseurs étrangers
lors de l'ouverture des frontières. Les mafias et la criminalité
organisée ne datent pas de la fin de l'empire soviétique,
contrairement à ce que beaucoup s'imaginent. Les phénomènes
mafieux s'étaient développés plusieurs années
auparavant, et au chapitre des grandes missions du KGB, la lutte contre
la grande criminalité était apparue bien avant 1991.
Pour ce qui concerne le laisser-aller dont semble avoir
souffert la Russie en matière de délinquance financière,
de corruption et de népotisme, là encore, il est possible
d'avancer de solides hypothèses. Ainsi qu'en témoigne, par
exemple, l'histoire de l'économie coréenne au sortir de sa
guerre, il semble qu'il n'y ai point de moyens plus rapides que le détournement
des biens de l'état et la délinquance financière pour
assurer dans les meilleurs délais la ventilation de la richesse nationale
vers le privé, et transformer l'économie d'un pays dans le
cadre d'un changement de régime radical de ce type. C'est très
exactement ce modus operandi qui explique l'étonnante rapidité
avec laquelle la Corée est passée de la guerre, de la désolation
et de la pauvreté, à une économie florissante... L'économiste
russe Leonid Grigoriev a avancé cette hypothèse le 20 octobre
1999 dans la revue "Vremya" (extraits de l'article disponibles
en page 56-57 de la revue "Problèmes politiques et sociaux"
N°833 du 21 janvier 2000, "Série Russie").
Quoiqu'il en soit, une analyse fouillée du parcours de Vladimir
Poutine tend à démonter que l'homme est un parangon d'intégrité.
Les médias qui se cantonnent à le présenter comme un
ancien espion, avec quelques arrières pensées pour le moins
dénuées de fondements, semblent ignorer que Poutine est avant
tout un stratège spécialiste du droit, de l'économie
et de la négociation, dons pour lesquels il fut employé par
un KGB en pleine... révolution. Rappelons également que le
FSB n'est pas un service d'espionnage mais de contre-espionnage intérieur
dont les prérogatives comprennent la lutte contre le narcotrafic
et la délinquance financière. Selon nous, l'expérience
à saint Petersbourg aux cotés de Sobtchak pourrait être
une répétition du comportement actuel du président
Poutine. On aura également remarqué la fermeté avec
laquelle V. Poutine a traité le problème de la Tchétchénie
qui, on le sait, est, sous couvert d'une pseudo-lutte pour l'indépendance,
une tentative de prise de contrôle de cette région par les
intégristes islamistes. Ces mêmes intégristes pour le
moins indésirables qui contrôlent aujourd'hui près 90%
de la production de drogue en Afghanistan. Si cette analyse de la pensée
de Poutine est exacte, il y a tout lieu d'être confiant quand à
l'avenir de la Russie, et il ne serait pas inopportun pour les oligarques
de songer à leur avenir sous d'autres cieux.